Numa Hambursin  : «Je voulais un artiste enthousiasmant pour la réouverture du Carré Sainte-Anne»

Répondant à l’invitation de Numa Hambursin, le directeur du MOCO, JR investit le Carré Sainte-Anne avec un arbre de vie pour lequel la star mondiale de l’art urbain invite les Montpelliérains à lui envoyer une photocopie de leur main. Même si c’est un geste modeste -et en intérieur-, en comparaison avec ses célèbres collages monumentaux dans l’espace public, sa venue à Montpellier, pour la réouverture de l’église désacralisée, est un événement. Vernissage le 26 juin. 

 

 

 

 

 

LOKKO : Numa Hambursin, vous assurez le commissariat de cette exposition inaugurale du nouveau Carré Sainte-Anne, cette église désacralisée que vous connaissez bien pour en avoir assuré la direction artistique de 2010 à 2017. Cela veut-il dire que vous allez aussi assurer sa programmation au delà-de ce lancement ?

NUMA HAMBURSIN : Non, je m’occupe seulement de cette exposition. On me l’a demandé. Il était délicat de concevoir un événement dans un bâtiment encore en travaux avec si peu de temps entre la réouverture (le 27 mai) et le vernissage de l’exposition (le 26 juin). Comme vous le savez, je le connais bien et je maîtrise notamment son élévation qui est un paramètre délicat pour y créer un événement. Mais une nouvelle direction artistique va être recrutée.

J’ai eu beaucoup d’émotion d’ailleurs en y revenant. Il y a une sorte d’effet Notre-Dame avec cette pierre restaurée. Tout est très beau, très blanc. C’est impressionnant. Les travaux ont légèrement agrandi le lieu. On entre par le grand portail, et non plus par une porte latérale. Le faux orgue au-dessus de cette entrée a été restauré. Le Carré Sainte-Anne est encore plus majestueux.

Pourquoi JR alors ?

Il fallait un artiste capable de travailler avec le caractère monumental du Carré Sainte-Anne, d’en jouer. Je voulais un artiste enthousiasmant pour sa réouverture, qui nous permette de la fêter collectivement. Qui porte un message fort pour ces temps troublés que nous traversons. JR coche toutes les cases. C’est un homme que j’admire beaucoup, qui a une force vitale exceptionnelle. J’ai aussi préféré un artiste populaire plutôt qu’un artiste qui aurait fait plaisir au milieu de l’art. Beaucoup de gens connaissent le nom et l’art de JR.

Mais il crée ici un peu à contre-emploi. Car il est surtout connu pour ses œuvres dans l’espace public comme Inside Out (ici au Louvre), considéré comme « la plus grande galerie d’art du monde ».

Oui, il est connu pour ses œuvres «vues du ciel». On aurait pu lui demander de faire des collages sur la façade de l’église, comme ce qu’il fait sur la cathédrale de Naples. Mais à Montpellier, on a voulu un JR différent. Lui a aimé le défi d’avoir à traiter un espace si peu étendu qui monte si haut. Son projet Advantice est né de ces multiples discussions.

On peut dire que c’est un arbre de vie ?

Oui, un arbre inspiré par l’identité montpelliéraine, dont nous avons beaucoup parlé ensemble. Je lui ai parlé bien sûr du Jardin des Plantes, premier jardin botanique de France. Je lui ai raconté les arbres des bords du Lez venus de tous les continents, importés par les botanistes montpelliérains. Immenses, énormes. D’où le nom de l’exposition : Adventice, inspiré du latin Advenire, qui vient de l’extérieur et qu’on peut traduire aussi par «mauvaises herbes» ou «herbes folles». Ces graines du bout du monde plantées qui viennent nous parler de l’Ailleurs. Je le sens très concerné. Mais je ne peux rien vous dire de plus pour l’instant…

 

JR plante un arbre au Carré Sainte-Anne

 

Huit ans de fermeture et 4 années d’études et de chantier pour la restauration de cette église de style néogothique : le Carré Saint-Anne réouvre officiellement le 27 mai. 30 entreprises et 200 ouvriers spécialisés ont travaillé pendant 4 ans pour consolider l’édifice, puis des artisans ont rénové les vitraux et les décors peints du plafond, les clés de voûte et les médaillons, restitués dans leur couleur originale.

L’église du 19ème devenue centre d’art a connu de riches heures. Dans ses 600m2 d’exposition, nous avons eu de grandes sensations avec la programmation de Numa Hambursin, qui avait enchanté le lieu dans sa première période. On se souvient notamment de l’exposition de Chiharu Shiota qui a séduit récemment un très large public au Grand Palais à Paris. Des poutres scéniques et des cimaises enrichissent désormais cet écrin qui avait manqué à la vie artistique avec la promesse du retour d’expositions «grand public». 

Éternel chapeau et lunettes noires, vivant entre Paris et New-York, celui qui se définit comme un «artiviste urbain», 42 ans, est célèbre par ses actions coup de poing qui associent souvent le public, notamment son fameux projet Inside Out : des œuvres d’art réalisées avec des habitants.es, à partir de cabines photographiques installées dans la rue, dans 153 pays. À l’automne 2023, il a transformé la façade du Palais Garnier à Paris, en travaux, en une scène vivante pour 154 danseurs évoluant sur des échafaudages de trente mètres de haut (ici dans une favela au Brésil).

Entouré d’un staff d’une dizaine personnes, commercialisant sérigraphies, photos, livres et films, «spectaculaire», «démagogique» pour une partie du milieu de l’art, il se singularise par une démarche artistique plus sociale, esthétique voire politique que purement photographique. Pas «engagé» mais «engageant», minimise-t-il. Business-artiste au grand cœur, il a déployé une œuvre en Ukraine aux premiers temps du conflit. Photographié des jeunes de banlieue après les émeutes de 2005 et orchestré une création sur le mur séparant Mexique et USA (photo).

La page Facebook ou Instagram de l’artiste donne la mesure de la hype JR : photos de l’after des Oscars, balade dans New-York avec Robert de Niro, le premier à avoir figuré dans sa série #paperportraitserie, une exposition dans sa galerie parisienne (Perrotin), la sortie de son film TEHACHAPI sur la prison de haute sécurité de Tehachapi, en Californie, le décor somptueux du mythique Venice Simplon-Orient-Express pour la Biennale de Venise. Et, bien sûr, l’œuvre réalisée pour le 30e anniversaire de la Pyramide du Louvre (photo plus haut). Un montage gigantesque de bandes de papier avec l’aide de 400 bénévoles auxquels il a enseigné la technique du collage. On se souvient de sa complicité avec Agnès Varda, légende de la Nouvelle Vague, avec laquelle il a réalisé le documentaire Visages, Villages (2017).

Donner sa main à JR

A Montpellier, une installation monumentale sera installée dans la nef de l’église. Composée en partie de mains de visiteurs imprimées, elle évoquera la tradition botanique de la ville.  Avec ce projet, «JR explorera la mémoire des lieux et des âmes à travers un arbre monumental et vivant dont les frondaisons, composées par les visiteurs qui choisiront de laisser leurs empreintes, vont croître au fil des mois».

Pour laisser son empreinte au Carré Sainte-Anne, il faut imprimer et découper sa main selon le tutoriel ci-dessous et déposer le dessin dans un des points de collecte (hall d’accueil de l’Hôtel de Ville, hall d’accueil de l’Hôtel de Métropole, Office de Tourisme) jusqu’au 15 juin.

 

L’exposition sera ouverte du 26 juin au 7 décembre 2025. Inauguration du Carré Sainte-Anne, le 27 mai.

 Le site de JR, ici

Photos : portrait @Grégoire Machavoine, les autres @JR-Art.net

 

S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Articles les plus lus

0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x